Maison du patrimoine Oral
 
 

Découvrir les archives

Simon GUENARD


 

Imaginez un petit vieux, sec et ridé comme une pomme Saint-Jean, ces pommes rouges du Morvan que jadis on mettait à « gueneller » pour les veillées des hivers rigoureux.

Alerte malgré ses quatre-vingt printemps, il montait la rue principale du village après avoir fait ses emplettes et se rendait chez Louis et Valentine, l’un des bistrots du haut.

Il était vêtu de noir à l’ancienne, chapeauté et ensaboté, sur son couvre-chef sa couronne de pain était posée et oscillait selon un équilibre qui semblait incertain mais qui devait être le bon puisqu’elle s’obstinait à conserver sa position. Le vieux avançait avec ce pas particulier qu’ont les vielleux en train de jouer ; il sonnait, vous l’avez deviné, vielle au ventre, courroies réglées. Sa main droite saccadait en cadence cependant que la gauche volait sur le clavier.

L’engin, patiné par les années où le miel des vernis le disputait au rouge des balustrages de laque, au noir de l’ébène parfois irisé de nacre, au blanc de l’os et de l’ivoire, sonnait juste et plein, parfaitement accordé comme doivent être tous ces instruments qui ne souffrent guère la médiocrité.

Un demi siècle s’est écoulé, ou presque, depuis qu’étant enfant, j’ai eu cette vision de Simon Guénard, dit le Chaicrot, héritier de la dynastie des vielleux d’Anost.

Alain VIEILLARD, 1997

«  Je suis le Père Chaicrot d’Anost, le p’tit Simon qu’avait un bal dans le temps, oui ! j’ai commencé à six ans à jouer de la vielle. J’ai fait des bals à Autun, aussi ; j’ai joué avec M. Perraut qui jouait de la flûte ; j’ai joué avec le Tienne de la Barrée, quatorze ans de temps, à Arleuf ; j’ai joué avec le Moreau-Bizot ; j’ai joué avec le Bonnot ; j’ai joué avec le Père Jouarie et ses garçons aussi ont joué avec moi. »

Conduite d’une noce dans Anost en 1953

« Après j’ai été montré au théâtre de Nolay, et il y avait au moins six mille personnes. Il m’ont fait jouer au théâtre avec une jeune fille…. elle chantait bien. Moi, j’accompagnais tout doucement. Elle m’avait appris ses chansons dans la nuit. On dormait pas trois jours et trois nuits. J’avais appris ses chansons dans trois jours et trois nuits, sans savoir ni lire ni écrire, rien que comme ça de les chanter. »

« Après j’ai été à Paris, rue de Lappe avec les trois frères Péguri, des italiens. J’ai joué quatre mois avec eux. J’ai fait une grosse bêtise de les laisser, ils m’auraient appris la musique. Ils m’avaient bien dressé quand même, parce que quand je suis revenu, j’étais le champion comme joueur de vielle d’Anost. J’ai fait le concours de vielle d’Autun en 1909 et c’est là que j’ai gagné le premier prix, sur trente deux joueurs de vielle. »

Fête folklorique, Autun, 19 septembre 1909. Simon Guenard (vielleux d’Anost), Vincent LADENT (vielleux d’Anost), Le DOCHE (vielleux de Bussy-Anost), Edmond Rimet (joueur de saxophone), …

« Mais tu vois, cette vielle, je l’ai vendue parce que j’ai perdu mon enfant , à 21 ans, qu’avait fait l’armée de De Lattre de Tassigny. Quand il est revenu, il est resté …, il est mort cinq jours après, au mois de juillet. J’avais vendu ma vielle, je voulais plus jouer. Ah non, je ne jouais plus du tout. C’est au bout de cinq, six ans qu’on m’a fait jouer une noce. J’ai recommencé. Et puis il y avait cette vielle-là, qui sortait de mon hangar… Alors je l’ai fait arranger à Pageot, elle est revenue toute neuve ! C’est une bonne vielle, elle va bien, oh je vais pas la vendre ! »

Extraits d’un entretien enregistré en 1962 par M. Albert Jaillet, fondateur du groupe de Château-Chinon « les Galvachers du Morvan ».

« … qu’on mette dans ma main gauche une pièce et dans mon cercueil un paquet de tabac et un litre de vin rouge pour le faire voyage. »

écrit de la main de Simon Guénard

Polka-piquée : extrait du cd « Ménétriers du Morvan Vol.1 : Simon GUENARD dit "Le Chaicrot ", 1996.

Marche du Chaicrot : extrait du spectacle « Les chemins de Galvache ». Autun, 2003.

 
 

Contact : Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne : 03 85 82 77 00 / contact@mpo-bourgogne.org