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Jean-Marie Jarillot

« Je suis né à Viévy, canton d’Arnay-le-Duc, habitant Dracy-Chalas, hameau de ladite commune, mon père était sabotier. J’avais environ 8 à 10 ans quand le violoneux Jean-Marie DEGAIN, habitant Velleneux, commune de Voudenay, venait jouer les noces et bien sûr à l’époque marchait devant les jeunes mariés ! Et c’est alors que nous, les gamins, on courait pour voir le défilé.

Pour moi le violon me prenait en entier ; c’est alors que le soir, prenant un petit bâton, je frottais sur mon bras, comme si cela avait été un archet et avec ma bouche je jouais les airs des chansons que j’avais entendus. C’était une véritable obsession. Mon père dit : "Le gamin devient dingue ; si tu veux un violon, tu as une tante qui habite à Vitteaux, je vais te payer le train, tu vas aller lui demander, mais comme elle ne va pas te le donner, tu vas faire le voyage blanc !" J’y suis allé et j’ai promis toute la terre à ma tante et finalement elle me l’a donné.

Bien sûr, j’avais le violon, mais hélas, plus de cordes et il fallait apprendre à en mettre. Il y avait un musicien, Jean-Marie GAUDRY, qu’on appelait le "TOBY", qui était de Magnien, à côté de Voudenay, il n’aimait pas apprendre aux gens à jouer, il était violoneux de métier. Je me décidai à aller le trouver. Il m’apprit à arranger mon violon et par la même occasion, Il m’a montré comment jouer correctement le premier morceau. Je regardais tous ceux qui jouaient du violon sur les bals. Et c’est petit à petit, comme ça, que cela est venu.

Puis on a déménagé d’Arnay pour venir à Villiers et là j’ai trouvé le violoneux Gabriel LEUTHEREAU. Il m’a beaucoup aidé, m’a appris à tenir le violon, à démancher. Le Gabriel était un très grand violoneux, il avait fait ça toute sa vie sur les bals. Il avait un violon spécial : la tête était une tête de bonhomme avec la barbe ; le dessous était une maquette, c’était un château, tout sculpté ; tout autour, il y avait du latin écrit dessus ; il était très joli, pour moi, ça devait être un violon de gitan.

…Un jour donc, je me suis trouvé à la fête à Allerey ; j’y étais allé pour danser et le gars qui devait jouer n’était pas là, il était malade ; et le gars qui jouait de l’accordéon dit : "Moi, si je suis tout seul, je ne joue pas". Je suis arrivé dans l’intervalle ; ils me disent : "Ah ! tu vas nous jouer la fête". Moi je dis : " Jouer la fête ? rien du tout ! Je suis venu pour danser ; j’ai même pas mon violon". Alors Marcel, le neveu du violoneux, dit : "Bon, on va t’envoyer chercher le violon de mon oncle". Ils ont rapporté le violon, la corde de LA était cassée et puis c’est une corde qui doit être très solide. J’ai cherché dans la boîte, j’ai trouvé une corde de RE en boyau, je l’ai pliée en trois, nattée, passée dans le trou, tiré dessus et finalement le violon a réussi à garder l’accord.
Et comme c’était le début du charleston, je me suis mis à jouer du charleston ; il y avait deux bals, celui du CORTOT était à un autre bistrot ; quand les filles et les gars ont entendu le charleston,mon pauvre ami, ils sont arrivés sur le bal en courant !
Le soir, on a remis ça, mais l’autre, il avait plus que trois couples sur son bal ; il est venu m’engueuler et puis il a payé l’entrée des trois autres pour les faire rentrer sur le bal ! Mais je lui ai dit : "Mon vieux moi je t’ai pas empêché d’apprendre le charleston, t’avais qu’à l’apprendre et puis c’est tout". »

Schottich :

Mazurka de Toby :

Valse du Gabriel Leutreau :

Ce texte est recomposé à partir d’une lettre de Jean-Marie Jarillot à Gérard Chaventon et d’un collectage publié dans le livret « Musiciens traditionnels en Morvan-Auxois » (J.Léger, G.Chaventon, U.G.M.M 1985). Extrait du livret « Ménétrier du Morvan vol.3 », CD réalisé par l’association Mémoires Vives.

 
 

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